Colloque « Les représentations de la terre dans la littérature et l'art européen. Imaginaire et idéologie »

Colloque International. 18-19-20 mars 2004, en Sorbonne

      

Programme

Organisation :
Danièle CHAUVIN, UFR de littérature française et comparée, Université de Paris IV-Sorbonne
Danuta KNYSZ-TOMASZEWSKA, Centre de civilisation polonaise, Université de Paris IV-Sorbonne
et l'Université de Varsovie

     Co-organisé par le CRLC, le Centre de civilisation polonaise Paris IV Sorbonne et l'Université de Varsovie, ce colloque veut s'inscrire dans le contexte de l'ouverture de l'Europe aux pays de l'Europe centrale et centre - orientale, de la  « saison polonaise » en France, et dans le cadre de l'actualisation de la convention signée entre les universités de Paris IV-Sorbonne et de Varsovie. Mais il ne souhaite pas se limiter aux compétences ni aux domaines français et polonais.

     À l'heure de l'élargissement européen, des espoirs et des craintes qu'il suscite, à l'heure de la mondialisation et des replis identitaires, ce colloque voudrait poser, autrement, et à une autre échelle, la question des contradictions, des tensions ou des articulations entre identité et altérité, particularisme et universalisme, en l'ancrant dans une approche de l'imaginaire dans la culture et l'art européens.

     L'angle d'approche retenu, celui du thème de la terre, invite, ne serait-ce que par la polysémie du terme, à sonder les directions souvent opposées qu'il ouvre à la pensée et à l'imaginaire et permet de fonder cette réflexion, au-delà des considérations politiques et économiques le plus souvent explorées aujourd'hui, sur le socle du patrimoine culturel et de l'imaginaire.
     Si l'on se réfère au Robert, dans la conscience commune, la terre c'est à la fois
-une étendue, le champ d'observation et d'action de l'homme
-une matière élémentaire, profondeur où la vie s'enracine
-une planète dans les espaces sidéraux.
     En se fondant sur les grands axes ouverts par le terme qui donne son titre au colloque, et en les dépassant dans une approche qui se veut aussi historique, on envisage de travailler selon 3 perspectives.

1 – les rêveries et mythes de la terre.
1 – 1. On pourrait d'abord étudier quelques réécritures du (ou des) mythe biblique et des mythes païens qui sont au cœur de la culture européenne : Adam naît de la terre et y retourne ; la terre est le lieu de la chute comme celui de la Promesse ; le jardin d'origine s'oppose à la cité promise ; l'errance prépare au rétablissement, etc… On pense aussi aux figures mythiques de Gaia, Rhéa, Cybèle ou Démeter, au mythe des spartoi…

1 - 2. Il pourrait s'agir aussi d'étudier comment se manifestent dans l'art et la littérature les deux postulations « imaginales » que Bachelard résume dans les expressions de « rêverie du repos » et « rêverie de la volonté ». Rêverie du repos que nous pourrions, dans le cadre de notre propos, gloser en rêverie du refuge, de l'enracinement et de la quête identitaire, en nostalgie de l'origine. Rêverie de la volonté qui s'exprimerait au contraire dans la dynamique de la conquête : travaux, observations, voyages (terrestres, souterrains, sidéraux), expansions, colonisations…

2 – Terre, terroirs et paysages
2-1. « La terre », c'est souvent l'expression raccourcie pour parler des activités agricoles, de la vie paysanne. Il s'agirait ici, dans une perspective à la fois thématique et sociopoétique, d'étudier les permanences et les variations géographiques et historiques des représentations de la terre dans la littérature et l'art européens :
-à partir de quelques types de paysages naturels (mer, montagne, plaine…) : la Terre telle qu'en elle-même, ou des terres, terroirs ou paysages, toujours particuliers ?
-à partir de quelques types de paysages humanisés (champs et labours, villages…) où s'enracinerait et se lirait l'identité d'un pays ou d'un peuple.
     On ne pourra éviter de s'arrêter aussi sur les représentations des activités elles-mêmes et sur ce qu'elles disent du regard (souvent extérieur) porté sur elles et sur la terre ainsi représentée. On sera donc conduit à s'intéresser aux pastorales, bucoliques et autres églogues, tout autant qu'aux romans de la terre, aux romans et aux peintures réalistes, ainsi qu'aux poèmes ou aux chants populaires.

2-2. Mais la terre c'est aussi celle de ses profondeurs : la terre mystérieuse et nocturne des gemmes et des métaux ; et donc aussi celle des mines, des puits et des terrils : celle de son exploitation industrielle.
     Et l'on pourra de la même façon interroger et confronter ces représentations, et l'opposition entre le végétal et le minéral, la surface et la profondeur, le jardin ou le champ et l'usine ou la ville… et s'interroger sur le thème de l'exode rural, du déracinement, de la perte d'identité dans la "ville tentaculaire" ou celui du retour aux sources et à la terre.

3 – Terre, territoires et nations.
     Cette question est certainement celle qui est le plus souvent abordée aujourd'hui car l'ère de la mondialisation, des alliances et des fédérations est aussi celle du morcellement, des tentations et des replis identitaires: La Terre ou les terres ? et quelle terre pour quel peuple ?

    Mais nous aimerions aborder ces questions non pas à partir des notions géopolitiques de territorialité, d'état, de mondialisation, non plus qu'à partir des notions de patrie, de nation, de peuple ou de race. Il s'agirait plutôt d'y arriver, en associant à l'étude historique une étude de l'imaginaire :

- étudier comment dans certaines œuvres s'articulent par exemple les thématiques de la terre et du sang (sang versé, liens du sang ou hérédité); celles de la terre et de langue ; ou celles de la terre, du berceau, de la tombe.
-étudier l'imaginaire de la terre à l'œuvre dans les épopées, les chants patriotiques ou certains films engagés ; dans les récits d'exil, d'émigration, ou bien d'occupation.
     Et confronter ces représentations aux grands mythes (antiques et bibliques) de fondation (d'un peuple ou d'une ville).
-analyser aussi comment (dans le lexique par exemple) les imaginaires de la mondialisation (économique et « communicationnelle ») s'inscrivent dans le prolongement de ceux de la cosmologie : éclatement et poussières de mondes, ou toile, liens, fibres et réseaux, ordre et désordre…

 
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